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XII. Le service du prochain et la liberté



Le service de Dieu n’est pas opposé à la liberté ; celui du prochain non plus, étant comme le premier un libre exercice de la charité. Le don de l’Esprit, source de notre liberté, est un bien commun, le plus élevé qui soit, parce que l’Esprit n’habite et ne se communique que dans la communauté des fidèles. C’est donc au service de ce bien commun et de cette communauté que le chrétien exerce sa charité et parfait sa liberté. Et celui qui est constitué en dignité doit considérer son autorité comme un service.
« Vous avez été appelés, vous, à la liberté chrétienne. Par la charité rendez-vous serviteurs les uns des autres (Galates, V, 13).
Puisque l’Apôtre dit aux Galates qu’ils ont été appelés à la liberté, pourquoi leur recommande-t-il d’être les serviteurs les uns des autres ? À cela il faut répondre que la charité exige que nous nous rendions service les uns aux autres, et elle ne cesse pas pour autant d’être libre.
Il est à remarquer que l’homme libre, comme dit le Philosophe, est “cause de soi” tandis que l’esclave est pour ainsi dire causé par autrui, que l’on considère la cause efficiente ou la fin de son agir : il n’agit pas de lui-même, mais par la volonté de son maître et pour l’avantage de celui-ci. Sous le premier aspect, c’est-à-dire comme cause efficiente, la charité est entièrement libre parce qu’elle agit d’elle-même. On lit dans la deuxième épître aux Corinthiens (V, 14) : La charité du Christ nous presse ; cela veut dire qu’elle nous incite à la réalisation volontaire et spontanée de ce qu’elle commande. Par ailleurs, celui qui pratique la charité est un serviteur parce qu’il fait passer l’intérêt du prochain avant le sien propre. »
(In Gal., c. V, lect. 3.)
« Et nous sommes vos serviteurs en considération de Jésus-Christ (II Cor., IV, 5 ). La raison en est que nous cherchons avant tout la gloire du Christ et non la nôtre. Car celui-là est serviteur qui agit dans l’intérêt de son maître. C’est pourquoi un ministre de l’Église qui ne cherche pas l’honneur de Dieu et l’intérêt de ses sujets, n’est pas un bon chef mais un tyran. On n’est, en effet, un bon chef que si l’on agit en fidèle serviteur, cherchant l’honneur du Christ et l’intérêt de ses sujets. Saint Paul ne dit-il pas dans la première aux Corinthiens (IX, 19) : Alors que fêtais libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous. »
(In II Cor., c. IV, lect. 2.)